Les produits dermocosmétiques utilisés en complément de la prise en charge de la dermatite atopique : produits d’hygiène et émollients

    La Roche-Posay
  • Mai 2023
  • 20min

Pathologie inflammatoire chronique de la peau, la dermatite atopique se caractérise par une sécheresse cutanée associée à des plaques d’eczéma.

On sait que :

  • La prévalence de la dermatite atopique est plus élevée dans les pays développés que dans les pays en développement ;
  • La prévalence de la dermatite atopique chez les migrants qui quittent un pays en développement (un pays d’Afrique ou des Antilles, par exemple) pour s’installer dans un pays développé (comme le Royaume-Uni) devient équivalente, voire supérieure, à celle observée dans la population autochtone après quelques années;
  • La prévalence de la maladie est en constante augmentation depuis 40 ans.

Toutes ces observations semblent indiquer l’implication de plusieurs facteurs environnementaux dans l’expression de la dermatite atopique, mettant notamment en jeu des facteurs microbiens et des facteurs favorisant ou aggravant la sécheresse cutanée.

La prise en charge s’oriente autour de deux axes : le traitement des crises d’eczéma et la lutte contre la sécheresse cutanée en période de rémission. Face à l’altération de la barrière cutanée, probablement à l’origine de la dermatite atopique, les produits dermocosmétiques (produits d’hygiène et émollients) peuvent jouer un rôle essentiel en support du traitement des crises.



Dermatite atopique et produits d’hygiène


Les syndets ont démontré leur intérêt par rapport aux savons traditionnels.
Leur composition chimique est complexe : leurs propriétés lavantes et purifiantes reposent sur des molécules amphiphiles appelées tensioactifs.1 Les tensioactifs sont constitués d’une partie hydrophile (la tête) et d’une partie apolaire hydrophobe (la queue). En milieu aqueux, ils forment des micelles solubles capables de transporter les fragments lipidiques et les autres débris présents à la surface de la peau.

Les molécules amphiphiles se divisent en deux types : d’un côté les molécules amphiphiles naturelles (acides gras d’origine végétale, tels que l’huile d’olive, de palme, de laurier ou de coco) couramment appelées savons, de l’autre les molécules issues de la pétrochimie (détergents synthétiques ou syndets). Ces derniers sont des acides gras à chaîne longue à la composition très variable, généralement classés en fonction de leur polarité.

Dermocosmétiques utilisés en complément de la prise en charge de la dermatite atopique

La plupart des syndets associent ces différents tensioactifs afin d’améliorer la texture, le pouvoir moussant, la solubilité et les propriétés de rinçage. La mention « sans savon » signifie uniquement que le produit ne contient que des acides gras synthétiques (extrait de pétrole) et qu’il est totalement exempt de sels d’acides gras végétaux (huile d’olive ou de laurier par exemple).

Quelle sécurité à long terme pour ces produits ?
Les syndets présentent la même structure chimique que les savons naturels : ils sont amphiphiles. Ils nettoient la peau et sont donc légèrement agressifs puisqu’ils altèrent la barrière cutanée en solubilisant les lipides de la couche cornée.
Les formes anioniques présentent les mêmes caractéristiques que le savon naturel. Leur tête est chargée négativement. Elles sont présentes dans la plupart des produits de soins et ont une double action sur la surface de la peau :

  • Elles réduisent la tension et l’énergie de surface, avec pour effet d’augmenter les propriétés nettoyantes des produits et l’émulsification des acides gras (en les emprisonnant dans les débris de surface) ;
    Dermocosmétiques utilisés en complément de la prise en charge de la dermatite atopique
  • Elles se répartissent facilement sur la surface (ce que l’on appelle la mouillabilité). Lorsque ces tensioactifs sont plus nombreux, l’angle de contact se réduit jusqu’à devenir nul, ce qui signifie que plus ils sont étalés, plus leurs capacités nettoyantes sont performantes. En contrepartie, ils solubilisent une partie des lipides membranaires (en particulier les céramides) et déclenchent la cytolyse des cornéocytes. Ils dénaturent la kératine ainsi que la turgescence de la membrane cellulaire et des fibres de collagène. Plusieurs études ont démontré que la tolérance des syndets dépend de leur composition.

Dermatite atopique et émollients


L’application d’émollients chez les patients atteints de dermatite atopique permet de réduire la sécheresse cutanée et les démangeaisons et d’espacer les crises.2 Ils représentent un complément essentiel au traitement envisagé.

Dermocosmétiques utilisés en complément de la prise en charge de la dermatite atopique



Recommandations d’utilisation d’émollients


Les recommandations de prise en charge de la dermatite atopique en France datent de 2005.

Avant tout, le patient et sa famille doivent recevoir des explications sur les éléments suivants :

  • Les causes fréquentes de la dermatite atopique et l’importance de la prise en charge de la sécheresse globale de la peau ;
  • L’évolution naturelle de la dermatite atopique et ses différents stades ;
  • La différence entre les plaques d’eczéma (qui nécessitent un traitement par dermocorticoïdes ou immunosuppresseurs) et la sécheresse cutanée (qui nécessite l’application d’émollients) ;
  • L’utilisation quotidienne d’émollients apaise et peut ainsi réduire le nombre de crises et par voie de conséquence l’utilisation de dermocorticoïdes ;
  • L’intérêt de l’utilisation de pommades sur les zones épaisses ou lichénifiées et de crème sur les zones moins sèches et plus fragiles ;
  • L’utilisation concomitante ou en relai de dermocorticoïdes ;
  • La nécessité de faire la différence entre les zones sèches où s’applique l’émollient et les zones inflammatoires où s’applique les dermocorticoïdes ;
  • L’importance d’utiliser une quantité suffisante d’émollients pour réaliser des massages quotidiens réguliers lors de l’application du soin.

L’utilisation de produits nettoyants inadaptés contenant des détergents (et parfois même du laurylsulfate de sodium) est à éviter, car ils pourraient contribuer à l’altération de la barrière cutanée.
L’apparition de picotements ou de sensations de brûlure au niveau des zones traitées par des émollients peut être la conséquence d’une sensibilisation à l’un des composants (un extrait végétal par exemple) ou une exacerbation de l’eczéma sous-jacent.
Il est alors recommandé d’arrêter l’application d’émollients et de les remplacer par des dermocorticoïdes pendant quelques jours.



Conclusion


L’altération de la barrière cutanée et la sécheresse cutanée sévère sont des éléments importants de la physiopathologie de la dermatite atopique. Les traiter permet de réduire l’intensité et le nombre de crises et d’améliorer la qualité de vie des patients.

Deux comportements complémentaires doivent être adoptés : avoir une bonne hygiène quotidienne et appliquer régulièrement des soins émollients adaptés aux peaux atopiques.

Il est essentiel d’éviter des mesures d’hygiène excessives, car elles favorisent la sécheresse cutanée et les démangeaisons et entretiennent l’eczéma.

L’utilisation d’émollients est indispensable. Il a été établi qu’ils constituent des soins d’accompagnement adaptés en complément d’une prise en charge efficace de la dermatite atopique. Leur utilisation doit s’accompagner de conseils adaptés.



Annexe


Dermocosmétiques utilisés en complément de la prise en charge de la dermatite atopique


Dermocosmétiques utilisés en complément de la prise en charge de la dermatite atopique


Bibliographie

  1. Corazza M., Lauriola M.M., Zappaterra M. et al. Surfactants, skin cleansing protagonists. J Eur Acad Dermatol Venereol janvier 2010 ;24(1):1–6.
  2. Meckfessel M.H., Brandt S. The structure, function, and importance of ceramides in skin and their use as therapeutic agents in skin-care products. J Am Acad Dermatol juillet 2014 ;71(1):177–84.
  3. Bouwstra J.A., Ponec M. The skin barrier in healthy and diseased state. Biochim Biophys Acta décembre 2006 ;1758(12):2080–95.
  4. Jinnest C.L., Belfrage E., Beack O. et al. Skin barrier impairment correlates with cutaneous Staphylococcus aureus colonization and sensitization to skin-associated microbial antigens in adult patients with atopic dermatitis. Inter J Dermatol. 2014;53 :27–33.
  5. Del Rosso J.Q. Repair and Maintenance of the Epidermal Barrier in Patients Diagnosed with Atopic Dermatitis An Evaluation of the Components of a Body Wash-Moisturizer Skin Care Regimen Directed at Management of Atopic Skin. J Clin Aesthet Dermatol. 2011;4(6).
  6. Seite S., Bieber T. Barrier function and microbiotic dysbiosis in atopic dermatitis. Clin Cosmet Invest Dermatol. 2015;8 :470-83.
  7. Elias P.M., Schmuth M. Abnormal skin barrier in the etiopathogenis of atopic dermatitis. Curr Opin Allergy Clin Immunol octobre 2009 ;9(5):437–46.
  8. Chen Y.E., Tsao H. The skin microbiome: current perspectives and future challenges. J Am Acad Dermatol juillet 2013 ;69(1):143-55.